La trilogie martienne (Kim Stanley Robinson)
Une utopie
bouleversante
Résumé du livre « La trilogie martienne »
Présent sur la 4ème de couverture :
Demain. Cent pionniers s’envolent pour Mars. Ils devront l’explorer, survivre sur cette planète usée et hostile.
Si l’homme ne peut s’y adapter, il faudra adapter Mars à l’homme : créer l’atmosphère, bâtir des cités, transformer les déserts en prairies, la glace en océans. Par-delà les difficultés ou les conflits idéologiques, c’est un monde nouveau que l’on invente. Jusqu’à l’émancipation de la tutelle d’une Terre de moins en moins souveraine.
La trilogie martienne, un roman de longue haleine
Rome ne s’est pas faite en un jour ? Il semblerait que la colonisation de Mars non plus !
Plus de 1600 pages pour faire connaissance avec la planète rouge
Un best-seller honoré de prestigieux prix littéraires
Initialement constituée de trois livres parus entre 1992 et 1996 (Mars la rouge, Mars la verte et Mars la bleue), la Trilogie martienne est regroupée dans un seul et même ouvrage depuis 2012. Et ce mastodonte écrit en anglais par Kim Stanley Robinson a eu un tel succès qu’il a été traduit à ce jour dans pas moins de 24 langues. Dès leurs parutions, les différents livres sont nominés et récompensés dans le cadre de plusieurs prix littéraires. Parmi ceux-ci figurent le British Science Fiction Award, le Nebula Award et le Hugo Award, trois prix qui parleront aux adeptes de science-fiction.
L’aboutissement de nombreuses années de recherche
En lisant ce roman, il est légitime de penser que l’auteur a suivi une formation scientifique, tellement ses connaissances semblent poussées dans de nombreuses sciences (botanique, géologie, génétique, robotique, ingénierie, physique des matériaux…). En réalité, il n’en est rien : diplômé en littérature et en anglais des universités de San Diego et de Boston, K.S. Robinson a conclu ses études par un doctorat en anglais. Pour mettre les scientifiques au premier plan de ces ouvrages, il a tout simplement passé des années à faire des recherches sur Mars et sur les multiples domaines qu’il explore au cours de l’histoire. Au final, cela donne une œuvre très technique et considérée comme une référence de science-fiction dure (hard science fiction en anglais), un sous-genre de la science-fiction.
Un roman où les processus ont toute leur importance
Au fil des chapitres (parfois longs d’une centaine de pages), on apprend à connaître Mars sous toutes ses facettes. Robinson nous guide pas-à-pas, avec un grand souci du détail et de la précision, en nous faisant suivre différents protagonistes, chacun ayant ses domaines de prédilection. Plus généralement, il prend le temps de nous décrire chaque processus entamé par les équipes, chaque construction édifiée sur Mars, chaque unité de production créée par les ingénieurs. Cela plaira à certaines et certains car on plonge réellement dans ce monde ; pour d’autres, cela rendra le livre assez difficile à lire. Pour faire une comparaison osée : ce livre est tout aussi difficile à lire que le Seigneur des anneaux… et d’autre part tout aussi génial.
Le récit de la colonisation de Mars
Le roman commence par un événement qui fera date dans l’histoire martienne : l’assassinat de John Boone, leader charismatique et premier homme à avoir posé les pieds sur cette planète.
Les Cent Premiers, ces héros
Une fois ce flashforward de 2061 passé, le premier tome de la trilogie, intitulé Mars la rouge, nous invite à une découverte plus chronologique des événements. L’histoire débute en 2026, à bord de l’Ares, le vaisseau spatial transportant les cent premiers futurs colons martiens. Tous ont été sélectionnés pour leurs domaines d’expertise, pour la plupart scientifiques, mais aussi pour leur capacité à collaborer. Un psychologue fait également partie de l’aventure pour veiller de son mieux sur la santé mentale de ses collègues. Car leur situation est toute aussi trépidante qu’elle peut être angoissante : c’est un aller sans retour, Mars sera leur maison quoi qu’il se passe. Après un voyage de deux ans à travers l’espace, ils arrivent enfin sur Mars et sont alors livrés à eux-mêmes pour survivre dans un environnement hostile : froid, sec et sans oxygène.
Les ingrédients d’un thriller écologique
Bien vite, des divergences se font ressentir au sein de ce groupe international de génies. Et la plus conséquente, qui restera le fil directeur de toute la trilogie, est justement une question liée à leur environnement. Jusqu’où doivent-ils « terraformer » Mars ? C’est-à-dire transformer la planète pour la rendre vivable et habitable. Certains prêchent pour avoir une seconde Terre pleine de vie aussi vite que possible, tandis que d’autres souhaiteraient préserver son aspect minéral brut. Les tensions montent. La pression de la Terre s’ajoute à tout cela : les plus grosses entreprises terriennes subventionnent leurs expérimentations sur place et attendent un retour sur investissement, tandis que les politiques voient en Mars la solution parfaite pour soulager une Terre surpeuplée. Les questions relatives à la transformation de l’environnement martien et à la gestion de sa colonisation se retrouvent alors au cœur des débats.
Une flexibilité temporelle grâce au traitement de longévité
Rendre une planète viable, quel que soit le niveau de viabilisation finalement choisi, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Heureusement, un des scientifiques met au point un traitement de longévité. Les Cent Premiers vivent alors plus longtemps et continuent de nous faire vivre cette transformation qui s’étalera au final sur quasiment deux siècles. Le nom des trois tomes est d’ailleurs assez évocateur du processus qui sera suivi. Mars la rouge, la planète telle que nous la connaissons, se végétalisera petit à petit pour devenir Mars la verte. Les opérations de terraformation se poursuivront ensuite jusqu’à ce que les conditions atmosphériques permettent l’apparition d’eau liquide à la surface de la planète et qu’elle devienne ainsi Mars la bleue.
Une utopie crédible : quand la fiction rejoint la réalité
Alors qu’elle a été écrite il y a plusieurs dizaines d’années, la Trilogie martienne traite de nombreux sujets actuels de société, proposant aux lectrices et lecteurs des parallèles et des projections intéressantes.
Une Terre à bout de souffle
Côté climat, le récit décrit une grosse catastrophe climatique : l’augmentation conséquente du niveau de la mer sur Terre. Même si celle-ci n’est pas due aux gaz à effet de serre (il est ici question d’éruption volcanique sous l’Antarctique), on se rapproche des scenarios envisagés dans les rapports du GIEC. Et les conséquences détaillées par la suite donnent froid dans le dos : des villes entières disparaissent sous les eaux, des milliards de terriens se retrouvent dans des situations précaires, les flux migratoires (sur Terre et vers Mars) s’intensifient fortement. En parallèle de ceci, les ressources naturelles disponibles sur Terre s’épuisent.
Quid des libertés individuelles ?
Sur le plan économique, l’auteur dépeint des entreprises (appelées transnationales puis métanationales) gigantesques, ces entreprises devenant plus puissantes que les gouvernements. À travers l’affaiblissement de l’AMONU (structure de l’ONU dédiée aux affaires martiennes), on peut se rendre compte des conséquences de cette perte de contrôle des nations au profit d’entités privées. Il n’y a pas de police sur Mars… et cela laisse le champ libre aux entreprises pour déployer de nombreuses forces de sécurité, qui vont jusqu’à contrôler la population et entraver les libertés individuelles.
La responsabilité des scientifiques
Dans ses œuvres, Kim Stanley Robinson met régulièrement des scientifiques sur le devant de la scène. En parallèle de leurs recherches sur des projets complexes, ils sont actifs dans la société et deviennent des personnalités publiques. Ils sont experts sur des sujets cruciaux et considérés comme les mieux placés pour prendre les meilleures décisions. Ils endossent cette responsabilité et s’impliquent en politique… et sont écoutés et respectés pour cela.
La préservation de la planète versus son exploitation
Les premiers colons sont venus pour poursuivre un rêve : celui de faire de la recherche sur un planète qui les fascine, Mars. Les entreprises, quant à elles, pensent profit et investissent à coup de milliards. Elles se réjouissent de l’abondance des gisements de matières premières qu’offre la planète car la Terre fait face à l’épuisement de ses ressources naturelles. Plutôt que de repenser leur façon de vivre, ils considèrent donc Mars comme un nouvel eldorado. Les deux visions s’affrontent car ces deux groupes ont une philosophie de vie antagoniste : les uns souhaitent vivre en harmonie avec la planète (notion d’aréophanie amenée par une des protagonistes) tandis que les autres y voient un projet lucratif.
L’esquisse de chemins alternatifs
Sur le plan social enfin, ce livre est une mine de ressources. L’auteur teste des concepts alternatifs au capitalisme tels que le déploiement de coopératives à grande échelle, la mise en place de l’économie du don ou encore la remise en cause de la notion de propriété. Des processus de démocratie participative font également partie de l’histoire, la co-écriture de la constitution martienne étant le plus détaillé d’entre eux. L’implémentation fictive de ces idées permet aux lectrices et lecteurs de se projeter dans des modèles de société différents de celui dans lequel nous vivons actuellement, inspirant à la transition.
Au final, la Trilogie martienne regorge de tant de thèmes passionnants qu’il est impossible de tout faire tenir dans une critique littéraire. Parmi ceux qui n’ont pas été cités ici, on peut nommer :
- les questionnements éthiques, par exemple ceux liés aux manipulations génétiques,
- les sujets sociétaux : la place du travail et de l’homme dans un monde où les robots s’autorépliquent, l’invitation au ralentissement et à la contemplation, la remise en cause du patriarcat,
- les thèmes politiques tels que la répartition local/global du, les lobbys et la corruption, ou encore l’écoterrorisme
- et des réflexions d’ordre psychologique : la recherche d’identité, les conséquences de l’allongement de l’espérance de vie, etc.
Pour toi, chère lectrice et cher lecteur,
Emma
La Trilogie martienne, quel type de lecteur appréciera ?
Ce livre est pour toi si…
- Si tu dévores les livres te plongeant dans l’univers d’un auteur
- Si tu apprécies les processus autant que les résultats
- Si tu aimes lire sur des sujets complexes et clivants
Ce livre n’est pas pour toi si…
- Si tu n’aimes pas trop lire
- Si tu aimes les livres d’action, avec du rythme
- Si tu trouves frustrant ne pas pouvoir démêler ce qui est vrai de ce qui est inventé